L'Œil Neuf

Diffusion de l’art moderne et contemporain

Jacques VIMARD

Né en 1942.

 VIMARD‘’La vie en rose’’

Avec son look d'adolescent élégant, sa grosse et vieille Mercedes coupé verte, Jacques Vimard promène parfois ses 62 ans dans les rues de Lisieux. Mais c'est à Lessard   et le Chêne dans une grange-atelier qu'il compose ses tableaux dédiés à la vie. Sa manière de le dire : avec du rose dans des formes aériennes et volages.

«C'est une petite marginalité. être un peu en dehors du temps», concède l'artiste peintre, Jacques Vimard, sur son look, il vit retiré depuis quatre ans sur les hauteurs de Lessard et le Chêne dans un ancien prieuré acheté avec son épouse Nicole, «complice et mécène», en 1979 alors qu'ils habitaient encore Paris. Jacques Vimard est artiste indépendant au vrai sens du terme depuis 40 ans....

Ayant travaillé un peu dans l'hôtellerie, c'est la peinture qui va finalement le saisir depuis que sa grand-mère lui a offert une boîte complète quand il avait douze ans : «J'ai découvert alors l'odeur envoûtante de l'essence de térébenthine.» Mais à dix-neuf ans «la rupture» du monde de l'enfance avec la guerre d'Algérie, confirme son choix : «La peinture n'était plus une sorte de coquetterie, de dandysme charmant, c'était une quête. Pour moi la création artistique est un défi à la mort. C'est essentiellement la vie.» Il ne suit pas les mouvements de mode artistiques qu'il juge trop souvent mortifères.

«J'ai refusé d'exprimer le drame, la douleur dans ma peinture pour aller vers une espèce de joie qui n'a rien de religieux mais qui peut être religieuse quand elle fait le lien entre le sacré et le terrestre. C'est une quête de la joie et de la beauté. L'important est de rendre les gens heureux.»

Le rose de l'innocence.

Cette philosophie, forgée au cours du temps, est devenue quotidienne. Il l'applique aussi bien pour ses quatre potagers, ses rosiers, ses ruches, son poulailler.Pourtant face à un beau paysage augeron, le peintre ne se laisse pas influencer pour autant. Il ferme les stores de sa grange atelier : «Pour travailler je ne dois pas être dissipé par l'extérieur.Dans mon atelier, je travaille tous les jours et plutôt le soir au calme. J'allume un cigare et j'écoute de la musique. Je fais le vide. Avec la toile, c'est presque la peinture qui vient vers moi, qui se déclenche avec une tache par exemple. Ensuite je vais me perdre dans la peinture, m'enliser...»

Sa création repose sur un principe a priori simple : «celui de réinventer la nature : rendre vraissemblable l'invraissemblable, créer de l'artifice.» Pour cela il a sa recette : «Pour moi c'est la couleur rose qui s'impose dans cette démarche. Du rose comme du carmin et du lait. La couleur rappelle l'enfance, l'état d'insouciance. C'est le défi du peintre. Un côté provocateur car le rose n'est pas artistiquement correct.»

Le visiteur est donc invité à suivre les mouvements colorés des toiles qui ont parfois quelques signes des reconnaissances comme une plume de paon, une tasse à café ou un nid. Des symboles ? «Il faut que le visiteur se perde aussi dans la peinture car on est dans l'irréalité.» Il délivrera une seule clé : «Se laisser porter par l'émotion.»

Eric Aupoix Ouest France 2004